Aux livres citoyens

 

Le Lieu Unique, célèbre lieu culturel nantais, accueillait le 11 octobre une journée professionnelle Aux livres, citoyens organisée par les antennes régionales de l’Association des Bibliothèques de France et de la Ligue de l’enseignement. L’enjeu était d’aborder Le livre, la lecture, les pratiques littéraires en prison, comme un enjeu de citoyenneté. En présence de la DRAC – direction régionale des affaires culturelles – et de la DISP – direction interrégionale des services pénitentiaires -, les rencontres s’attardaient sur les centres des pays de la Loire : La Roche-sur-Yon, Nantes, Laval, Le Mans et Angers.

La loi française oblige les établissements pénitenciers à avoir une bibliothèque en leur sein. De quelques mètres carrés à plus de 200, les inégalités sont frappantes et ce ne sont pas forcément les centres les plus récents qui offrent les plus grands espaces. Chacune s’organise à sa façon en établissant des horaires d’ouverture pour les détenus avec des créneaux variables selon les jours.

Le premier moment d’échanges a été l’occasion de présenter un rapide historique, des années 45 à aujourd’hui. La question se pose sur l’accessibilité du livre pour des publics dits empêchés ou éloignés. Très vite, la méditation apparait comme un des moyens d’actions pour les professionnels. Elle permet d’accompagner les détenus dans leurs pratiques et d’ouvrir de nouvelles portes. Il devient alors possible de voir ces activités comme des co-constructions, au contraire des événements ou propositions à sens unique.

Le rapport Orsenna de 2018 rappelle aux intervenants de ne pas oublier que les détenus ne sont pas un public, ou même des publics, mais bien un groupe hétérogène d’individus. Dans ce sens, il écrit « ce sont les usagers qui définissent les usages ». Il faut donc accepter de voir les bibliothèques comme un lieu social, d’échanges et de jeux et non comme un lieu uniquement consacré aux lectures et au calme.

Les lieux d’incarcération définissent également les pratiques. Entre les centres pénitentiaires et les centres de détention, les durées ne sont pas les mêmes. Contrairement aux longues peines, les personnes en détention sont destinées à être libérées sous quelques mois. Les actions ne doivent alors pas être pensées sur le même rythme.

Au sein des établissements, des détenus gèrent les postes d’auxiliaires de bibliothèques. Formés et suivis par la Ligue de l’enseignement et l’ABF, ils gèrent le quotidien en assurant les permanences, en suivant les prêts et les retours. Ils s’estiment chanceux d’avoir une mission rémunérée dans un lieu calme qui leur permet d’échanger avec d’autres lecteurs. Ils doivent néanmoins réussir à gérer leur double casquette : ils n’ont pas de grade supérieur aux autres détenus et ne veulent pas être vus comme les surveillants mais ils ont à faire preuve d’une certaine autorité pour gérer les retards de prêts et le respect des livres et des lieux.

Très vite, ils deviennent des personnes de confiance à qui on vient demander conseil. En prison, toutes demande doit être écrite, or la population carcérale regroupe de nombreux étrangers et personnes ayant des difficultés avec la langue : 35 % des personnes incarcérées ont des difficultés à lire et à écrire et 11 % sont considérées comme analphabètes. La rencontre avec un écrivain public se fait seulement sur rendez-vous. Alors les détenus posent d’abord leurs questions administratives aux auxiliaires, le code pénal à disposition devient un outil indispensable !

L’après-midi de ce 11 octobre se consacrait aux retours d’expériences menées pour faire entrer les bibliothèques dans les prisons et amener les détenus à la lecture.

Club de lecture hebdomadaire, ateliers, vote pour des prix littéraires, rencontres avec des auteurs, il existe de multiples formes de médiation organisées par les bibliothèques locales.

Un des exemples approfondis concernait un cycle d’atelier de lecture à voix haute qui offre la possibilité aux non-lecteurs de participer en écoutant. Un livre est choisi et lu en 10 séances. Les artistes acceptent régulièrement de rencontrer leurs lecteurs au sein des centres et peuvent animer des ateliers d’écriture ou de dessin pour les aider à développer leurs pratiques et à désacraliser l’acte.

Des ateliers sont aussi organisés à destination des familles, pendant le temps d’attente avant les parloirs, les enfants sont encouragés à lire et à écrire des contes qu’ils remettront à leurs pères. Une association avait aussi organiser un atelier couture, les détenus avaient fabriqué les coussins dans lesquels leurs enfants pourront se plonger avec un bon livre !

Cette riche journée d’échanges a souligné les spécificités du milieu carcéral et les enjeux, vitaux, de médiation littéraire vers les détenus pour préparer leur réinsertion.

 

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